03.16.08

“La technologie est prévisible, mais pas l’imagination”, Gérard Berry

Publié dans Documentation - SIC à 1:15 par Marianne Des Bois

C’est le titre de l’entretien publié dans Le Monde de l’éducation n°367 de mars 2008 (page 70 et suivantes). Les propos de Gérard Berry ont été recueillis par Marc Dupuis.

M. Berry est membre de l’Académie des science et ancien de l’X et des Mines, spécialiste du lambda calcul. Il a créé un langage de programmation, et est également chercheur et directeur scientifique de la société Estérel Technologies.

Le Collège de France vient de créer pour lui une chaire d’innovation technologique. Il explique dans ses cours “Pourquoi et comment le monde devient numérique”. Le support visuel de cette leçon inaugurale est disponible sur le site de Collège de France.

Deux questions et réponses de cet entretien m’ont particulièrement intéressée :

“Vous craignez que l’on oriente l’enseignement vers le XXe siècle quand on est au XXIe siècle. Que faudrait-il enseigner, comment et à quel âge ?

Très tôt, puisque les enfants apprennent tôt les quatre opérations qui sont la base de l’algorithmique. Dans mon premier cours, je parle de l’addition et la plupart des gens s’aperçoivent qu’ils n’ont jamais entendu de comment on fait une addition. C’est subtil : je fais des cours de six heures sur l’addition. C’est un support formidable pour faire des choses intéressantes comme rendre une image jolie, ou comprendre ce qu’est un téléphone portable. Il y a eu des plans dans l’éducation nationale pour disposer des ordinateurs dans les écoles, comme si mettre l’objet résolvait le problème. Ce fut un échec. Il y a encore des cours pour enseigner à se servir d’un traitement de texte alors que les élèves le savent mieux que leur professeur. Il faudrait leur apprendre le numérique, comment on fait des images avec des multiplications et des additions. Je l’ai enseigné aux petits, à l’école Montessori des Pouces-Verts, à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), et ça marche très bien. Presque la moitié de ma leçon inaugurale est partie de mon enseignement aux enfants, parce que les adultes sont pratiquement au même niveau. La vision de l’enseignement de l’informatique classique dans les systèmes d’éducation, c’est apprendre à se servir des machins d’il y a quinze ans. Mais l’enseignement doit être tourné vers le futur, pas le passé.

Nous ne sommes qu’au début de l’âge informatique. A quoi faut-il s’attendre ?

Si on regarde ce qui s’est passé depuis l’apparition d’Internet, on s’aperçoit qu’on ne sait plus comment on faisait avant. C’est ça l’essentiel. Les évolutions sont profondes : la photo et la musique sont numérisées ; le courrier électronique a dépassé en volume le téléphone ; les moteurs de recherche ont complètement révolutionné la consultation de documents de toutes sortes et, de façon très bizarre, cela a remis le texte devant l’image. On dit que la civilisation serait audiovisuelle – son et image – eh bien non ! un moteur de recherche, ça cherche dans les textes et pas dans les images parce qu’on ne sait pas faire. Ce à quoi on peut s’attendre ? Beaucoup d’évolutions dans l’Internet, surtout l’intégration des objets, l’uniformisation des accès au réseau par des objets nomades.”

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